FEMME NOIRE - LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

FEMME NOIRE - LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

A continuación os propongo un análisis que hice sobre uno de los peomas de Léopold Sédar Senghor, gran hombre de la historia de la Francofonía. Está escrito en francés.

 

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

 

Léopold Sédar Senghor, né en 1906, marqua la poésie du XXème siècle en lui apportant un nouveau souffle qu’il appellera « négritude ». Un de ses poèmes centré sur cette thématique est Femme Noire, extrait du recueil Chants d’Ombre. Via ce poème, Senghor nous fait savoir ses idées par rapport au colonialisme et revendique la culture noire, leur langue et le continent Africain. De ce fait, le titre peut nous faire penser que c’est un poème pour une femme noire ; mais en réalité, ce poème n’est pas centré que sur elle, c’est aussi une ode à l’Afrique, considérée comme « femme » et « mère ».

Le premier vers, « femme nue, femme noire », nous communique directement le véritable sens du poème. Il s’agit en fait d’un poème sur La Mère Afrique, et Senghor veut nous la décrire dans toute sa simplicité, en nous montrant son âme et en nous faisant comprendre qu’elle est noire. C’est pour cela qu’il utilise les adjectifs nue et noire. À continuation, Senghor nous dit que l’Afrique est « vêtue de ta couleur qui est vie », ce qui veut dire que le noir est vie pour lui, de cette façon il coupe avec l’idée que le noir est la couleur de la mort. En ce qui concerne la forme de la femme noire, elle est mise en parallèle avec la forme et les beautés de ce continent. Le mot ombre qui apparaît dans le vers « J’ai grandi à ton ombre » fait à nouveau référence au noir et à l’obscurité. De plus, selon la tradition judéo-chrétienne, l’ombre et le noir sont propres à la prison et à tout ce qui est laissé de côté, un détail intéressant quand on sait qu’il a écrit certains de ses poèmes en prison. Cependant, pour Senghor, l’ombre est protectrice. Cette protection est représentée également dans « la douceur de tes mains bandait mes yeux », des mains qui ne lui permettaient pas de voir la douleur présente en Afrique, c’est une mère qui nous protège.

Avec le vers suivant « Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi », il ne veut pas seulement nous faire comprendre que pour lui l’Afrique est soleil et chaleur, il veut aussi nous faire savoir l’âge de cette femme Afrique, qui est en plein de l’âge mûr. Nous sommess donc face à la maturité et à l’âge idéal. Avec le mot midi il fait de nouveau référence à la vie, le soleil c’est la vie, et l’Afrique est pleine de vie.

La « Terre promise » fait aussi référence à l’Afrique, mais avec le verbe découvre il nous fait comprendre que chaque personne à sa propre terre promise. Cette même allusion à la terre promise est à l’image de Moïse quand il découvre sa terre promise. « Du haut d’un haut col calciné » est également un vers en relation avec le soleil et la chaleur. Nous sommess dans un milieu aride et plein de promesse. Il se voit ainsi comme un prophète qui découvre sa terre à l’âge mûr. Et finalement, le dernier vers de cette strophe, « Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle », décrit quand Senghor a eu le coup de foudre devant la beauté de l’Afrique, et l’éclair d’un aigle est aussi une allusion biblique, peut-être même musulmane ; l’aigle étant la vie dans les airs. Foudroie est une métaphore réitérée par l’éclair.

Avec le premier vers de la deuxième strophe, Senghor nous parle à nouveau de l’Afrique dans toute sa simplicité.  Avec femme obscure il revendique la couleur noire du continent. Ce mot en français est négatif, faisant référence à quelqu’un qui n’est pas net. Néanmoins, dans ce contexte, obscur a un double sens : c’est une femme noire et mystérieuse. C’est quasi une obscurité sensuelle.   

« Fruit mûr à la chair ferme » fait à nouveau référence à la maturité du continent, qui se trouve dans l’âge d’or, l’âge idéal. Nous sommes face à un continent mère à la chair ferme, donc jeune et mûre mais pas primitif. C’est une double image de l’Afrique, représentant aussi le corps de la femme noire qui est mûr et à la chair ferme. Senghor devient plus intime avec la femme, avec son Afrique. Dans la même strophe, Senghor nous dit « sombres extases du vin noir » ; le mot noir apparaît une nouvelle fois dans ce poème pour faire allusion à l’Afrique, mais cette fois il parle du sang noir de ce continent. Ce n’est pas un continent de princes au sang bleu, mais un continent comblé par son sang noir, qui est magnifique et extraordinaire. La relation presque charnelle que l’écrivain entretien avec l’Afrique réapparaît avec le vers « bouche qui fait lyrique ma bouche », où le continent l’inspire telle une muse. Dans cette strophe on pourrait croire que Senghor essai de nous décrire non seulement l’aspect de l’Afrique avec toutes ses beautés physiques, mais aussi ses beautés intérieures. De ce fait, la splendeur du continent est décrite dans « Savane aux horizons purs » où il nous décrit la pureté de l’âme de l’Afrique ainsi que la perfection des paysages. Nous sommes face à une transposition. Puis vient « savane qui frémit aux caresses ferventes du Vent d’Est ». Ce vent c’est le Harmattant, c’est donc un vent puissant qui caresse le continent, un caresse puissante pour un continent tout aussi puissant. Il nous parle de cette façon de la force de l’Afrique.

« Tam-tam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur » est une nouvelle allusion au corps sculpté de la femme qui représente l’Afrique. Néanmoins, le tam-tam ne fait pas que référence à la forme, mais aussi à la musique liée à la négritude, à la femme en tension et dans toute sa grandeur. Les doigts du vainqueur sont en réalité ceux du griot qui raconte des histoires autour d’un baobab, en plus des danses et des musiques ancestrales qui sonnent pendant ces nuits d’histoires ; tout cela en transmettant la culture d’un peuple. Et finalement, le vers « Ta voix de contralto est le chant spirituel de l’Aimée », qui parle de la puissance de la voix d’Afrique, une voix magnifique que Senghor veut faire écouter à tout le monde. Avec les mots frémit et gronde il utilise la personnification.

« L’huile qui ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali ». Cette huile nous calme, c’est une métaphore qui fait référence à la tranquillité, une huile qui apaise. En ce qui concerne les princes du Mali, Senghor nous parle d’histoires du Sénégal avec un prince légendaire très riche du Mali qui vivait au 15ème siècle. Ceci est de nouveau un clin d’œil à la culture musulmane.

Quand Senghor nous parle de la femme noire comme étant une « Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau », il nous parle à nouveau de la féminité du continent. Cette gazelle représente donc la beauté, mais aussi la valeur positive que cet animal a dans la culture musulmane. Bien que la gazelle représente cette fois la vie sur terre, contrairement à l’aigle qui représente la vie dans le ciel, elle est toujours liée au céleste. C’est ceci ce qui nous permet de nous rendre compte de la grande importance de la religion et du contacte avec Dieu qu’il y a dans ce poème. Par rapport aux perles qui sont des étoiles sur la nuit de la peau de cette femme noire, c’est en fait le reflet sur l’Afrique de cette noosphère.

À partir de la quatrième strophe, Senghor commence à répéter ses idées ; avec « Délices des jeux de l’Esprit », où là une relation intime est de nouveau établie avec le continent africain, en plus d’une possible union spirituelle entre le poète et le continent même. « Les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire », étant l’or le soleil et la chaleur ; comme dans le vers « A l’ombre de ta chaleur », où la chaleur est soleil et où nous savons que cette chaleur est noire et protectrice. « S’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux » ; ici le poète nous dit qu’il a peur de l’avenir. Il y a également une sorte de contradiction entre obscurité et clarté, une façon de dire que, bien que l’Afrique soie noire, elle est aussi claire et pleine de lumière. Cette même angoisse se voit refléter dans les yeux de ce continent qu’il aime tant.

Et finalement, la dernière strophe, dans laquelle Senghor nous fait comprendre que la belle femme noire qui est l’Afrique est entrain de vieillir et il voit sa beauté passer avec le fil de temps, c’est pour cela qu’il décide de copier son image de jeunesse et tout ce qu’elle a été auparavant pour l’éternité. Il veut y arriver avant que la femme nue, noire et obscure ne meurt ; « Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel. Avant que les destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie ». Cependant, sa mort est le commencement de la vie. La mort n’est que la suite de la vie.

Cette femme noire est donc la source de la vie mais aussi le commencement de la mort, associée à l’au-delà et à la zone terrestre. La couleur noire, cette négritude, n’est plus considérée comme négative, mais comme une autre façon de voir la vie. Cette couleur est beauté, une beauté que nous pouvons percevoir avec tous les sens humains.  Cette femme noire est obscurité et lumière, à un tel point que Senghor en fait un jeu. Les allusions au monde religieux en tout genre est bien présent à tout point de vue dans ce poème, en nous faisant comprendre que l’univers, le ciel, la terre et la femme (et homme) sont liés par un lien invisible ; et ils sont libres. La femme noire est donc l’Afrique : belle, nue, obscure et mystérieuse. Toute l’Afrique ne fait qu’un. Senghor a voulu immortaliser la femme noire, son Afrique, dans le temps, en la rendant intemporelle. Et il nous expose la relation intime et spirituelle qu’il a avec cette belle femme jusqu’à la mort de celle-ci, une mort qui marque un nouveau commencement.