NUIT DE SINE - LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

NUIT DE SINE - LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

A continuación os propongo un análisis que hice sobre uno de los peomas de Léopold Sédar Senghor, gran hombre de la historia de la Francofonía. Está escrito en francés.

 

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques,
    tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent,
    que s’alourdit la langue des chœurs alternés.

C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement.
    Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.

Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres
    comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante,
    que j’apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur,
    dans les hautes profondeurs du sommeil.

                                           

 

Léopold Sédar Senghor, né en 1906, marqua la poésie du XXème siècle en lui apportant un nouveau souffle qu’il appellera « négritude ». C’est vers 1945 qu’il publiera son premier recueil de poème intitulé Chant d’ombre, où l’on trouve Nuit de Sine, un de ses poèmes les plus connu et intéressant dans lequel il nous parle du Sénégal, son pays d’origine. Ceci nous pouvons le déduire du titre même du poème, puisque Sine est une région mythique du Sénégal très importante dans l’imaginaire et l’histoire du pays. C’est donc un poème lié aux racines du poète ainsi qu’à la « négritude » du pays. Cette négritude avait auparavant des connotations négatives, mais maintenant elle fait simplement référence à la condition des noirs.

En lisant ce poème nous nous rendons compte que tous les mouvements ainsi que les événements qui y sont décris sont doux et calmes. Tout a lieu lentement jusqu’à la tombé de la nuit. Nous avons l’impression que Senghor est entrain de planter le décor comme si il filmait les faits avec une caméra : d’abord il nous parle des traits généraux du pays jusqu’à se centrer sur le village ; où des histoires sont racontées, où l’on danse et où le poète tente de parler avec les morts. A un certain moment nous pourrions penser qu’il n’y a plus de frontière entre la vie et la mort, c’est ainsi que Senghor devient une sorte de messager des traditions, il devient l’hériter de l’histoire de son peuple et il doit raconter ces histoires. Il devient un Griot.

L’analyse de ce poème commence directement avec le titre. Comme mentionner précédemment, Sine est un village très important au Sénégal. Cependant, ce mot en anglais à un sens négatif, il peut être compris comme péchés. Ceci lié à la pensée judéo-chrétienne selon laquelle la nuit est quelque chose de mauvais, nous donne une signification tout à fait différente de celle que Senghor veut nous transmettre.

Les deux premiers vers de la première strophe, « Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure », sont assez ressemblants avec ce que Senghor nous dit dans un autre de ses poèmes, Femme noire. À nouveau, la femme représente en fait l’Afrique. C’est une femme maternelle et accueillante qui nous protège, elle se comporte donc comme une mère. Les gestes d’amour maternel sont liés aux mains balsamiques et douces tel de la fourrure, des mains chaudes qui soignent. Cette chaleur des mains nous renvois ainsi à la chaleur et au soleil d’Afrique.

À partir du troisième vers de cette même strophe, « Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne. À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé », Senghor commence à planter le décor de son poème. Avec ces quelques mots il est facile d’imaginer la scène : les palmiers de son village se balancent sous le souffle de la brise nocturne. Cependant, il nous fait comprendre que c’est un bruit doux et léger, puisqu’une brise est un vent calme et agréable. Cette douceur se voit renforcer quand il nous parle de la chanson de la nourrice, qui représente également l’Afrique. Cette femme est celle qui s’occupe des enfants, et la chanson est une berceuse. Les berceuses sont des chansons très douces, mélodieuses et musicales, tellement délicates qu’elles en sont presque imperceptibles, c’est pour cela qu’il nous parle d’un silence rythmé. En outre, ce silence rythmé fait aussi référence à la musique et aux danses présentes en Afrique et dans l’imaginaire de la négritude. Avec cette première scène établie par Senghor, nous pouvons déjà déduire qu’il nous parle d’un endroit plein de vie où il est agréable de vivre.

Dans les vers suivants : « Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus », Senghor continue de nous parler du silence qui règne dans son village, et ce silence permet aux villageois d’écouter le chant de l’Afrique, ce silence leurs permet également d’entendre couler le sang sombre ; le sang des noirs, le sang de l’Afrique. Et finalement, le silence leurs permet aussi d’écouter le pouls de l’Afrique, qui n’est autre que son âme. À nouveau nous nous trouvons face à quelque chose d’assez spirituel non seulement entre Senghor et l’Afrique, mais aussi entre les villageois et celle-ci. Il est bien connu que Senghor écrit une grande partie de ses poèmes en prison dans les années 40, quand il était prisonnier des Nazis, ce qui explique la présence de la brume des villages perdus. En vrai, la brume ne veut pas dire que l’Afrique en était recouverte, c’est une image qu’il utilise pour faire référence aux souvenirs qu’il a de son village, du Sénégal et d’Afrique. Il recrée l’Afrique dans sa cellule.

Vient maintenant la deuxième strophe mais aussi la deuxième scène décrite par Senghor. « Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale. Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère. Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des chœurs alternés » Avec ces quelques vers nous comprenons qu’il fait nuit dans son poème et que la lune descend jusqu'à se coucher dans son lit d’eau calme. Avec les éclats de rire nous pouvons nous imaginer les villageois autour d’un baobab entrain de rire, danser, chanter et entrain d’écouter les histoires et les traditions africaines que le Griot leurs raconte. Les éclats de rires sont également une image pour faire comprendre que l’Afrique est pleine de joie de vivre. Senghor s’aventure ainsi dans l’explication d’une nuit profonde et spirituelle pleine de traditions jusqu’au moment où tout le monde s’en va dormir. Le mot dodeline qui apparaît également dans ces vers veut dire « incliner la tête », comme le font les bébés. L’image de l’enfant sur le dos de sa mère est une image typique et traditionnelle en Afrique ainsi que dans d’autres contrées du monde. Cela donne l’image d’une femme jeune et active. Nous sommes à nouveau face à la relation qu’il y a entre une mère et son enfant. À la fin de cette strophe nous observons que les danseurs et les chœurs nous mènent une nouvelle fois aux danses et à la musique présentes lors des réunions des villageois autour du baobab, l’Afrique est liée à la danse et à la musique. Quand les chœurs se mettent à chanter, tout s’arrête et nous sommes sous l’influence de la nuit. Tout commence à ralentir et le silence se réinstalle, de là le verbe alourdir.

La troisième strophe représente la troisième scène du poème de Senghor, « C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe. S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait ». Ici, il nous fait comprendre que la nuit tombe et que tout le monde s’en va dormir. La destinée de cette Nuit est de dormir et rêver. Pour cela, il s’accoude sur des nuages, clairs et blancs, ce qui nous transmet une image non violente et apaisante. Les collines nous font penser aux seins d’une femme, ce qui représente la féminité, le côté maternel et accueillant de l’Afrique ; des caractéristiques que Senghor aime décrire dans ses poèmes. Un pagne est une pièce d’étoffe que les femmes africaines portent comme habit traditionnel ; le fait que la Nuit soit drapée, c’est-à-dire, enveloppée comme dans une couverture, nous ramène à l’aspect maternel du poème, un aspect qui se voit renforcer avec le mot lait, puisque c’est la nourriture des bébés : la Nuit, l’Afrique, nous nourris.  Ceci serait une description de l’extérieur à la nuit tombée. Dans les vers suivants, « Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ? Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces », Senghor nous décrit ce qui se passe à l’intérieur du village, dans les maisons. C’est pour cela qu’apparaît le mot cases, qui fait référence aux maisons typiques dans lesquelles vivent les Africains. Nous pouvons trouver ce genre de maison en Afrique mais aussi en Amérique. Ce qui nous permet de savoir qu’il fait nuit dans ces vers c’est les étoiles qui illuminent les toits des maisons des villageois ; cependant, c’est une lumière faible, de là vient « luisent tendrement ». Nous sommes, donc, face à une scène qui décrit une vie calme et délicate où la violence n’existe pas. Au fur et à mesure des vers, le poète continue à nous parler de ce qui se passe à l’intérieur des habitations, jusqu'à ce qu’arrive le moment d’aller se coucher. C’est alors qu’apparaît le mot foyer qui, dans ce contexte, fait référence au feu qui s’éteint quand les habitants vont au lit, un feu qui s’éteint devant un couple entrain de faire l’amour, de là viennent les odeurs acres et douces. Le mot foyer est utilisé au lieu de feu parce qu’une autre de ses signification est maison, ce qui nous renvois aux cases.

Et finalement, la dernière strophe, dans laquelle Senghor fait un appel à l’Afrique proche, une Afrique sentimentale et spirituelle. Dans les quatre premiers vers de cette strophe, « Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres, comme les parents, les enfants au lit. Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés. Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices », Senghor nous peint un cadre familial dans lequel tant les morts que les vivants se mettent à causer tranquillement. La femme c’est l’Afrique qui allume le feu avec le beurre clair, qui est l’huile traditionnelle utilisée pour allumer un feu. Puis se mettent à parler de manière agréable et conviviale autour du feu toutes les personnes présentes, mortes et vivantes ; ce qui donne un côté magique à la scène.

Les Anciens d’Elissa est un peuple mythique du Sénégal qui a dû partir de leurs terres, se sont des exilés. Il fait référence à ces gens parce que, comme eux, Senghor a dû partir en exil en France, de même que le peuple africain qui dû s’exilé du Sénégal, et ceci même si ils étaient chez eux ; l’Afrique n’était pas considérée comme leur. Néanmoins, ces Anciens n’ont pas voulu mourir, c’est-à-dire, ils ont réussi à revenir aux sources de leur propre culture avec les années. C’est comme cela que les habitants d’Elissa ont disparus mais leur héritage culturel reste intacte, et Senghor se sent comme étant le responsable de transmettre cette culture aux reste des habitants, à l’image d’un Griot. C’est comme si Senghor avait une espèce de contact avec les morts et que c’est ceux-ci qui lui racontent les histoires. Le poète écoute ces histoires dans une case enfumée qui reflète les âmes des ancêtres. Avec enfumer il fait référence à la force des objets, une sorte de magie propre à la population animiste selon laquelle les objets avaient des pouvoirs. De cette façon, nous pourrions interpréter la lampe du premier vers comme étant la voix des ancêtres qui parlent avec Senghor.

Toujours en accord avec cette thématique spirituelle et de l’haut de là, Senghor nous raconte dans les vers suivants la relation qu’il entretient avec les Morts, ses ancêtres. « Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à vivre avant de descendre, au-delà du plongeur dans les hautes profondeurs du sommeil ». Le sein chaud est à nouveau une image pour référence à la femme sensuelle, à l’amour, à la mère Afrique. La dang est un pain traditionnel du Sénégal qui se mange tout juste sorti du four. C’est un pain appétissant, comme le sein d’une femme ; il établit ainsi une nouvelle fois l’image sensuelle et chaude de la femme Afrique. L’odeur de ce pain en plus de l’odeur des Morts le ramène à des souvenirs d’enfance, au moment de son exil vers la France. Ces souvenirs sont à l’image du livre « Madeleine de Proust », quand Proust se souvient de son enfance en goûtant une madeleine, c’est une recherche du temps perdu via l’odeur et le goût. Pour finir ce poème, Senghor nous dit qu’il veut transmettre cet héritage ainsi que ses souvenirs juste avant de descendre, c’est-à-dire, de s’en dormir pour toujours. C’est une façon poétique de dire qu’il veut tout raconter avant de mourir.

Nous sommes donc face à un poème divisé en différentes parties ; de la tombée de la Nuit à la Mort. C’est un poème très spirituel, toujours centré sur la représentation de l’Afrique via la femme noire. Les vers sont délicats et transmettent un sentiment de calme renforcé par la lettre s que Senghor répète inlassablement au long de tout le poème pour nous faire comprendre qu’il est entrain de chuchoter ces quelques mots.