“SCHIZOPHRÉNIE LINGUISTIQUE”, de Jean Arceneaux

“SCHIZOPHRÉNIE LINGUISTIQUE”, de Jean Arceneaux

A continuación les propongo un análisis que hice sobre el poema "Schizophrénie linguistique" de Jean Arceneaux. Está en francés.

I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French...
I will not speak French...
I will not speak French...
Hé! Ils sont pas bêtes, ces salauds.
Après mille fois, ça commence à pénétrer
Dans n'importe quel esprit.
Ça fait mal; ça fait honte.
Et on ne speak pas French on the school grounds
Et ni anywhere else non plus.
Jamais avec des étrangers.
On sait jamais qui a l'autorité
De faire écrire ces sacrées lignes
À n'importe quel âge.
Surtout pas avec les enfants.
Faut jamais que eux, ils passent leur temps de recess
À écrire ces sacrées lignes.                                                                                                                                 

I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French on the school grounds.                                                                                                               

Faut pas qu'ils aient besoin d'écrire ça
Parce qu'il faut pas qu'ils parlent français du tout.
Ça laisse voir qu'on est rien que des Cadiens.
Don't mind us, we're just poor coonasses,
Basse classe, faut cacher ça.
Faut dépasser ça.
Faut parler en anglais
Comme de bons Américains.
Why not just go ahead and learn English.
Don't fight it, it's much easier anyway.
No bilingual bills, no bilingual publicity.
No danger of internal frontiers.
Enseignez l'anglais aux enfants.
Rendez-les toute le long,
Tout le long jusqu'aux discos,
Jusqu'au Million Dollar Man.
On a pas réellement besoin de parler français quand même.
C'est les États-Unis ici,
Land of the Free.
On restera toujours rien que des poor coonasses.                                                                                                               I will not speak French on the school grounds.
I will not speak French on the school grounds.                                                                                                                    

Coonass, non, non, ça gêne pas.
C'est juste un petit nom.
Ça veut rien dire.
C'est pour s'amuser, ça gêne pas.
On aime ça, c'est cute.
Ça nous fait pas fâchés.
Ça nous fait rire,
Mais quand on doit rire, c'est en quelle langue qu'on rit?
Et pour pleurer, c'est en quelle langue qu'on pleure?
Et pour crier?
Et chanter?
Et aimer?
Et vivre?

 

Le poème « Schizophrénie linguistique » fut écrit en 1976 par Jean Arceneaux ; c’est un poème simple mais fondamental pour bien comprendre la situation linguistique de la Louisiane à cette époque-là. Le poète évoque ainsi une pratique de « rejet » qui a contribué à la dévalorisation systématique de la langue française en Louisiane. C’est un poème qui nous transmet la douleur du poète face aux circonstances, c’est un poème qui fait mal quand nous le lisons.

Après une première lecture, nous nous rendons compte que ce que le poète est entrain de nous décrire c’est la position de la langue française en Louisiane, qui n’est pas du tout considérée comme telle dans cette région d’Amérique. Ceci n’empêche pas l’écrivain de rédiger son poème en deux langues : l’anglais, qui est la langue officielle de la Louisiane ; et le français, qui est sa langue maternelle, puisqu’il est Cadien (Terme lié au Canada). Bien que le français que les habitants de la Louisiane parlent soit le cajun, ils se considèrent aussi comme étant des Cadiens, originaires des Acadiens. Ceux-ci sont partis de l’Acadie, une colonie anglaise, au 17ème siècle vers les États-Unis parce qu’ils ne voulaient pas devenir Anglais ; c’est alors qu’ils sont arrivés en Louisiane où il y a avait déjà des Français. Ce déplacement s’appelle « Le Grand Dérangement ».

La première chose qui saute aux yeux quand nous lisons ce poème c’est la répétition des vers au début «I will not speak French on the school grounds », ce qui nous donne l’impression d’être face à une dictature. Ils essayent d’encrer la phrase dans la tête de ceux qui parlent le français dès le plus jeune âge, c’est pour cela que les mots école et enfants se répètent souvent dans le texte. Cette situation met en colère Jean Arceneaux, qui les traite de « salauds ». Il sait que cette méthode marche sur les plus jeunes, mais cela lui fait mal ; et les anglophones de la Louisiane essayent de leurs donner honte de leur culture, de la culture acadienne.

L’auteur du poème aimerait que cette situation change et que le français retrouve sa véritable identité, mais cela semble impossible. L’unique moment où ils peuvent parler le français c’est quand ils sont en famille, mais jamais avec des étrangers ; et sûrement pas dans des lieux publics. Et même cela devient compliqué avec leur politique anti-française qu’ils inculquent aux jeunes enfants, c’est ce qu’on leur enseigne à l’école, et c’est à cette endroit qu’ils ne peuvent même pas parler le français à la récrée. D’un autre côté, si les enfants, ou les francophones en général, ont l’idée de parler le français, ils leur rappellent que se ne sont que des Cadiens ; mais ils le disent d’une façon comme si leurs origines étaient honteuses et qu’il fallait mieux les cachées. Ces gens sont appelés les Connasses ; un nom qui, de mon point de vue est péjoratif puisque si nous analysons le mot, nous pouvons le diviser en con et ass. Les Français qui vivent en Louisiane sont considérés comme étant de la basse classe. Le reste du monde ne fait pas attention à eux et se sont les plus pauvres, se sont les pauvres Blancs de la Louisiane. Le français était, donc, la langue des pauvres. De plus, les personnes cultivées ne parlaient pas le français.

Les habitants de la Louisiane qui parlent anglais ainsi que les haut placés font bien comprendre à ceux qui parlent le français qu’il est mieux de vivre comme de bons Américains, que c’est plus simple ; c’est pour cela que l’éducation des enfants en anglais se fait dès le plus jeune âge. Cette éducation anglophone va même au-delà des écoles, même quand les jeunes se trouvent dans la rue pour faire la fête, le disco à cette époque-là, ils devaient parler l’anglais s’ils voulaient faire des rencontres et pour se faire bien voir par les autres. Cela me semble être une manière de bien leur faire comprendre que s’ils veulent se faire accepter, ils doivent faire ce qu’on leur dit de faire. Néanmoins, se ne sont pas de vrai Américains, et ils leur font ressentir cette différence. L’auteur du poème va même plus loin dans ses explications, en nous disant qu’ils doivent être anglophones jusqu’au Million Dollar Man, faisant référence à L’homme qui valait trois milliard, une série dans laquelle nous nous trouvons face à un surhomme ; ce qui est une image pour dire que se sont les anglophones les surhommes en Louisiane, et non les francophones.

Jean Arceneux finira son poème de façon ironique puisque les États-Unis se fait appeler « Land of the Free » ; toutefois, les gens comme ce poète n’ont pas la « liberté » de parler le français quand ils le souhaitent.  Il me semble qu’il est ironique également en disant que le nom Connasse qui leur a été donné est une façon gentille et amusante de faire référence à eux, mais je pense que se n’est qu’une façon de souligner, entre autres, leurs différences. C’est comme quand on appelle en Espagne un Français, Gabacho. C’est soi-disant pas méchant, mais cela dépend aussi de qui le dit et de comment il le dit. Et si cela devrait le faire rire, il ne saurait même pas dans qu’elle langue rire, ni dans qu’elle langue pleurer.  Tout ce qu’il sait c’est que tout cela ne devrait pas le déranger.

Après avoir lu ce poème en détail, et après avoir compris le mal-être du poète et son impuissance face aux circonstances, il est facile d’associer cette histoire à ce qui s’est passé en Espagne à l’époque de la dictature de Franco, ou encore au Canada juste avant la « Révolution Tranquille ».  Encore maintenant il y a ce genre de problèmes en Belgique entre les Flamands et les Wallons. Le poète nous raconte que le français ne peut pas être parlé en Louisiane, en Espagne c’était le catalan qui ne pouvait pas être parlé à ce moment-là. De plus, quand il nous parle des enfants qui ne peuvent pas parler le français à la récrée, cela me fait penser à ce qui s’est passé il n’y a pas longtemps en Belgique : dans une école flamande, des enfants se sont mis à parler le français entre eux à la récrée et la maitresse qui les surveillait à ce moment-là les a punis à cause de ça. Ceci est sûrement dû au conflit et à la rivalité continue qui existe entre les deux parties de la Belgique. Néanmoins, je trouve cela ridicule puisqu’être un pays bilingue me paraît être un atout, il faudrait développer ce bilinguisme.

Pour conclure, le poète nous a bien fait comprendre qu’à son époque les « Pauvres Blancs d’Amérique » en Louisiane étaient mal vus ; ce qui est ironique puisque le mot « Louisiane » vient du nom du Roi Louis XIV. Ce qui veut dire, en vrai, que la Louisiane était française ; mais elle fut vendue aux États-Unis, comme c’est le cas de la Floride, de la Californie, du Texas, etc. C’est à cause d’un acte du passé qu’en 1976 une partie des habitants de la Louisiane n’étaient pas considérés comme de véritables américains. Fort heureusement, les choses ont évolué depuis l’écriture de ce poème, prêt de 40 ans sont passés sous les ponts.